J’ai commencé à vraiment aimer le vélo et à suivre quelques courses cyclistes à l’adolescence. Depuis, je rêve de faire certaines d’entre elles « comme les professionnels ». A mon rythme bien sûr! 😉 Des courses, comme l’étape du Tour, Paris-Roubaix ou encore Liège-Bastogne-Liège.

Vous connaissez la doyenne des courses cyclistes professionnelles? C’est Liège-Bastogne-Liège, une course de 260 km et ses 11 côtes et cols à gravir. Course mythique dont rêvent beaucoup de cyclos. J’habite à quelques kilomètres de Liège, alors chaque année, cette course me fait de l’oeil. Et l’envie d’y prendre part me titille.

En mars, ma compagne décide d’aller avec mes 2 filles à Bastogne pour 2 jours, un peu plus d’une semaine avant la course professionnelle.

Du coup, je me dis … pourquoi ne pas faire la « moitié » du parcours? Commencer à Bastogne pour suivre le tracé de cette course mythique jusque Liège.

Bon jusque là, je ne sais pas encore trop dans quoi je m’engage. J’ai exactement 1 mois pour me préparer.


S’entrainer

On ne fait pas 260 km comme ça,… il faut s’entrainer un minimum avant. Et il faut dire que jusqu’à maintenant, je ne me suis jamais vraiment entrainé pour réaliser une telle distance avec un tel dénivelé.

Mais avec le deuxième confinement et beaucoup d’activités qui sont fermées ou interdites, j’ai repris des entrainements réguliers.

En quelques mois avec un entraineur, il est possible de faire de nettes progrès, d’atteindre ses objectifs et se lancer des défis.


Le parcours – les difficultés

Je ne me sens pas encore prêt à faire la totalité du parcours… d’où cette idée de commencer à Bastogne…

Mercredi 14 avril, j’irai en train à la gare la plus proche de Bastogne (30km). A Bastogne m’attend un bon lit dans la famille pour démarrer tôt le lendemain.

Jeudi 15 avril, je suivrai le parcours des professionnels à partir de Bastogne pour les 160 derniers km (des 260 de la course pro) et les 10 côtes et cols (sur 11!) de la course.

A ce moment, vous remarquerez comme moi qu’en fait, il ne s’agit pas de la « moitié » du parcours (d’où les guillemets), mais bien plus. Il s’agit en réalité de 60% de la distance de la course et surtout de 10 côtes sur les 11 répertoriées. Je ferai donc quasi toutes les difficultés de la course, excepté 1.

Là, je commence à flipper un peu. Est-ce que je suis prêt? Je n’ai jamais réalisé une telle distance, ni un tel dénivelé. :/


Le récit de cette escapade

Préparation

J-7

Je commence à préparer le matériel. A commencer par le parcours. Malheureusement, à plus d’une semaine de la course, il ne sera pas encore fléché. Je vais donc devoir me préparer un fichier pour mon GPS grâce à komoot.fr en utilisant les informations du site officiel de la course. Cela me permet aussi de mieux me rendre compte de ce qui m’attend. Et finalement, c’est seulement là que je vais réaliser. J’ai un premier doute. J’ai confiance et je n’ai jamais été autant préparé physiquement et mentalement. Mais je décide tout de même de prévoir des échappatoires… gares, raccourcis… on ne sait jamais 😉 Heureusement, le trajet est bien desservi et j’habite dans le coin.

Durant cette semaine, la pression et surtout l’excitation vont crescendo. Je suis tellement content de faire ce parcours qui a été pendant longtemps un rêve et en même temps, je me demande si j’y arriverai. Ma compagne a confiance en moi, c’est rassurant.

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Recette des barres de céréales

Je prépare avec mes enfants mes barres de céréales maison. Ce sera un concentré d’énergie naturelle, zéro déchet, et tellement bon.

La recette!

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Je prépare tout ce dont j’aurai besoin…

  • carte et gps
  • des habits chauds et imperméables
  • gourdes et camelback
  • nourriture (barres de céréales emballées dans des tissus en cire, un petit sac avec des fruits secs, des amandes salées, et du chocolat noir, des bananes)
  • gel reçu en cadeau
  • mon sac
  • le ticket de train
  • une chambre à air supplémentaire

Voila, c’est demain! Je suis à la bourre. Toute mes affaires sont sur la table, mais je dois encore tout caser dans mon sac et partir en sprint jusqu’à la gare pour ne pas rater mon train. Direction Gouvy pour rejoindre la ville départ à 30 km sur une belle piste cyclable. Plutôt plat et un peu monotone à mon gout. Bon, c’est mieux de ne pas trop se dépenser et en garder sous la pédale pour demain.

Petit point météo

Nous sommes mi-avril… et bien pourtant, il fait froid. La nuit, il gèle et la journée, on ne dépasse pas les 10 °C. C’est l’un des points qui me fait un peu peur. J’ai beaucoup de mal avec le froid. Autant, la canicule ne me dérange pas du tout, autant quand il fait froid, j’ai de grandes difficultés à m’hydrater correctement.

Les prévisions annonçaient un beau temps. Ce ne sera pas tout à fait vrai. Les nuages seront présents, cachant ainsi le soleil et empêchant celui-ci de venir me réchauffer. J’aurai même droit à quelques flocons de neige. Il faudra faire avec ça.

Le vent viendra de l’Est.

km 0 à 55

Dès la sortie de Bastogne, je gagne les petites routes, sans circulation, dans un paysage campagnard magnifique.

Côte de Saint-Roche

Km 20: Très vite, la première côte (Saint-Roche), la route est barrée… ça commence bien! Je décide de quand même m’y engouffrer. Un camion barre la route pour une rénovation de toiture. Je dois mettre pied à terre. Cela me privera des premiers mètres de la côte et quelques bons pourcentages. Très courte mais pas mal pour se mettre en jambe.

La route est bosselée et fatigue déjà l’organisme. Le vent de face ne va pas aider non plus. Au km 50, mon organisme est déjà éprouvé alors qu’il me reste le plus dur à faire. J’ai mon premier gros doute… l’arrivée est tellement loin et les difficultés encore à venir. Je m’arrête pour me ravitailler et faire le point sur la carte. C’est à ce moment que je me rends compte que le vent vient de l’est et que pile où je me trouve, la route va tourner et se diriger vers le nord… le vent sera donc une difficulté en moins. Et s’il continue à souffler toute la journée, il sera même de dos à partir du km 110. Ouf, un petit soulagement.

Mes 2 gourdes sont vides, je cherche déjà à me ravitailler. Je m’arrête à un cimetière en fait le tour. Les 2 points d’eau sont à sec. Je ne me tracasse pas, c’est un petit cimetière de village dans la cambrousse. Toutes les fleurs sont en plastique, c’est plutôt désolant de voir ces endroits presque à l’abandon. Je retente ma chance au cimetière de Vielsalm. Même constat! J’entame mon Camelback, mais il va falloir que je trouve un peu d’eau.

Km 55 à 110

J’arrive au moment crucial de ce Bastogne-Liège… 6 des 10 côtes se tiennent dans ces 55 km. Pas le temps de se reposer… après chaque montée, la descente tout aussi abrupte et technique, il faut rester vigilent et en tension sur ses jambes. Celui qui pensait épargner un peu d’énergie à ce moment se trompe! Dès que la descente est terminée, vous voila reparti pour la montée suivante. Ce sera donc 55km très difficiles.

Ça passe ou ça casse!

Côte de Mont-le Soie et côte de Wanne

Petit arrêt au pied de la côte de Mont-le-Soie pour un petit ravitaillement avant d’entamer cet enchainement. Ce sera une petite mise en bouche avant d’attaquer la côte de Wanne. Une jeune équipe cycliste me rattrapera dans cette dernière. Je laisse partir le petit groupe, clairement sur un autre rythme. Un de leur coureur se fait distancer… cela me motivera à mettre un peu de puissance pour le rattraper, je l’ai en ligne de mire. Petit sourire en coin entre nous, un petit duel jusqu’au sommet. Ça motive, c’est sympa et change un peu de la montée monotone.

Col de Stockeu

J’arrive à la troisième côte, le col de Stockeu, très courte avec au bout la stèle d’Eddy Merckx. Le petit groupe de cyclistes est déjà loin, je dois conserver mes forces pour le reste du parcours encore long et éprouvant.

Côte de la Haute-Levée

A la sortie de Stavelot, la côte de la Haute-Levée n’est pas très belle et sur une route pas vraiment « cycliste safe ». J’imagine qu’elle est là pour ajouter une difficulté au parcours et espérer départager les coureurs. Je fais une partie sur le trottoir.

Dans la descente, je repère un cimetière et vais retenter ma chance… Bingo, il y a de l’eau. Je rempli mes gourdes et mon Camelback et j’en profite pour me ravitailler.

Col du Rosier

Le col du Rosier m’attend! Les pourcentages ne sont pas énormes, mais la montée va me sembler interminable. Ce sera la côte la plus longue, elle fait 4,5 km. Ce qui n’est pas énorme, mais les 4 côtes que je viens de monter ont laissé des traces. Je ne connais pas cette côte et je n’en vois pas le bout.

Cette montée, comme quasi toutes, se fait sur un petit chemin non fréquenté par les voitures. On est seul face à soi-même et à ces pourcentages. Le trajet passe d’ailleurs au bord du domaine de Berinzenne. Entouré de ses arbres remarquables, je sens l’énergie qui me gagne. J’arrive au bout de cet enchainement de côtes (il m’en reste encore une) et je suis toujours sur mon vélo.

Longue descente vers Spa, on passe devant la gare… c’est tentant, mais j’ai encore trop d’énergie que pour m’arrêter là (dans la vallée, je me surprends quand même à bailler… la fatigue se fait sentir). Je fais un petit arrêt pour faire le point. Et j’en arrive à la conclusion que je vais continuer au moins jusqu’au col de la Redoute, où j’évaluerai mon état de forme. A ce moment, il y aura deux options… continuer vers les Forges, mais ne pas les monter et couper pour rentrer en sautant les deux dernières côtes. Ou continuer jusqu’au bout.

Col du Maquisart

Cette côte n’est pas prévue pour 2021, c’est sa voisine la côte de Desnié qui la remplace. Les changements n’avaient pas encore été fait quand j’ai préparé mon parcours… Mais c’est pas bien grave, ça revient quasi au même.

Je monte donc par la petite route du col du Maquisart et slalome en S entre les prairies. Il faut tout de même se retourner pour admirer le paysage.

Je dépasse maintenant les 100 km et une certaine euphorie me gagne déjà. La suite, je la connais presque par cœur, c’est ma région, celle où je vis. Encore la semaine dernière j’ai pu m’entrainer sur les 3 dernières côtes. Me voila bien motivé à terminer.

Km 110 à la fin

Col de la Redoute

J’arrive à Remouchamps. A partir de là, je connais tout par cœur, chaque virage et chaque pourcentage. Je sais anticiper, prévoir les difficultés,… Le col de la Redoute est à ce moment mon baromètre pour voir si je vais au bout ou non. Les pourcentages sont importants, mais ça reste court comme effort. 1,7 km sans mettre le pied à terre… et sans trop souffrir, je suis parti pour terminer ce Bastogne-Liège. GO, GO, GO.

Côte des Forges

Avant la côte, je m’arrête pour bien manger et me ravitailler. Mais aussi pour me poser la question… je vais au bout, ou pas? Car c’est le moment de prendre un raccourci si besoin ;). Mais si prêt du but, j’ai qu’une envie terminer le parcours.

Cette côte est uniquement là pour ajouter une difficulté supplémentaire et inciter à l’attaque lors de la course. Elle n’a aucun intérêt paysagé et emprunte une route fort fréquentée avec des virages plutôt dangereux.

Heureusement, je sais ce qui m’attend dans quelques kilomètres.

Côte de la Roche-aux-Faucons

Et voici, la cerise sur la gâteau, la côte de la roche-aux-faucons pour terminer cette escapade. Je n’ai pas utilisé mes 2 gels reçu en cadeau il y a quelques mois. En arrivant sur Hony, je décide pour cette dernière côte d’en utiliser 1. Ça marche plutôt pas mal, même si je préfère mes barres de céréales maison ;). J’ai donc un dernier regain d’énergie pour gravir cette côte sans trop forcer alors que j’ai quelques 145 km dans les jambes.

Le sommet de la côte est indiqué à 1,5 km avec quelques beaux pourcentages pour faire mal. Sur de petites routes et dans un décors bucolique, je donne mes dernières forces. Mais ne vous y trompez pas, après une petite descente, il reste encore une « petite » montée pour vraiment arriver sur le dessus. Cette dernière bosse fait mal aux jambes. La vue est splendide.

The End

Dans la dernière descente, j’arrive un peu à récupérer. Je ne pédale plus, je n’ai plus les jambes! Petit à petit, je réalise l’exploit réalisé. Car oui, pour moi c’est un exploit d’avoir réussi à terminer ce parcours très exigeant alors que j’ai des difficultés à réguler mon taux de sucre dans le sang et que je suis sujet à des hypoglycémies fréquentes. Gérer mon alimentation, mon hydratation ainsi que l’effort est juste grandiose pour moi.

Je réalise donc tout doucement. Pour les 10 derniers kilomètres sur le plat, je déguste, je prends mon pied et profite pleinement d’une euphorie qui me gagne. Je l’ai fait! J’ai un grand sourire et finalement, je ne suis pas si crevé que ce que j’imaginais.

Un bon plat de pâtes, et beaucoup d’eau pour une bonne récupération et partager mon périple avec ma petite famille. Je rêve déjà à l’année prochaine, où j’aimerai réaliser l’entièreté de la course.

One thought on “Liège-Bastogne-Liège, un rêve

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